Papa était mieux qu'hier moins triste semble t il. Il doit mieux
arriver à se canaliser car on ne m'enlèvera pas de la tête qu'il sait.
Ils sont venus le chercher pour un scanner de la tête. Il nous a dit "tant mieux, comme ça si j'ai rien je vais sortir demain ou après-demain..." on n'a rien dit. Moi je pense que c'est pour
localiser la tumeur et voir si c'est opérable... je ne sais pas.
Je ne pleure plus à tout moment comme début de semaine mais le soir j'angoisse beaucoup avant de dormir. C'est vrai que le soir toutes les tensions de la journée resurgissent et c'est dûr.
Maman est frigorifiée le soir. Elle s'endort sur le canapé avec un peignoir, un tricot de laine... devant la télé... c'est sûr qu'il faut être passé par ces moments teribles pour savoir de quoi
on parle.
Que nous réserve demain ? Le chef de service est tellement détestable, froid et sans coeur que chaque fois qu'il passe devant la chambre, maman et moi avons des hauts le coeur, à l'idée qu'il
s'arrête. On est folles quand même. J'aimerais avoir l'aplomb nécessaire pour le remettre à sa place. Quelle ordure ce médecin
VENDREDI 16 JANVIER
Papa est sorti de l'hôpital ce soir. On l'avait changé de chambre
dans la journée. De sa chambre particulière on l'avait placé avec un papi qui ronflait et mon père était exité comme une puce.
J'avais rendez vous chez l'ophtalmo à 17h30 et il a fallu que maman se débrouille seule avec Satan, le chef de Service. Ma pauvre maman. Enfin, ils ont réussi. Papa est de retour. J'ai eu la
peur de ma vie hier. Je pense que depuis ma naissance je n'ai eu une journée aussi stressante, angoissante. Je n'ose imaginer la suite... Nous avons donc quelques jours de répit loin de
l'hopital.
Il y rentre mercredi prochaine pour une ponction d'une tumeur au fond du poumon. On n'y comprend rien. La fibro est négative, le liquide bronchique négatif. On nous avait dit qu'il n'y avait
pas de tumeur dans le poumon, à présent y en a une. On nous parlait de tumeur cérébrale... on tourne en bourrique. Aux dernières nouvelles, ça peut être une tumeur du poumon avec ramification
dans le cerveau mais bénigne, non cancéreuse. Ils nous auraient donc annoncé un cancer du poumon sans en savoir plus que ça, sans s'appuyer sur rien. L'état de papa est très précaire car il
faut à tout prix éviter qu'il refasse une crise, éviter l'alcool, repos total... maman et mémée stressent un max. Mais je pense qu'il faut positiver. C'est un peu moins mauvais que tout ce
qu'on nous a dit au départ, du moins c'est ce que je veux penser. Il faut que j'arrive à déstresser car si cette boule que j'ai là au creux du ventre explose ça va pas être beau à voir. Je suis
hyper stressée.
Je suis passée ce matin, il a bien dormi. Tout semble bien aller. Mon Dieu... pourvu que ça dure... si on pouvait s'en sortir.. quelques années de répit...
Je suis passée chez mes parents ce matin, en fin d'après midi. Papa avait mal à la tête. Tout de suite maman tétanise. Il ne
faut pas qu'il refasse une crise.
Elle va s'en faire un de cancer si elle n'arrive pas à gérer. Mais je la comprends.
Enfin, pour l'instant ça va. A part ses 4 clopes par jour papa est raisonnable. Il s'occupe à l'ordi, à la télé, avec son puzzle. Il est soucieux c'est clair et pas très stable sur ses jambes.
Mais bon... il est là, et je pense toujours aux paroles de Satanas... "Dimanche, il ne sera plus là", l'imbécile !
Gérer tout ça et gérer la vie de famille, c'est pas facile. David trouve déjà à redire à mes absences. Mais je ne peux pas faire autrement. J'ai pas envie d'aller travailler lundi... je suis une
boule de stress et j'ai pas envie.
Katia a brillé par son absence pendant toute cette semaine d'horreur. Elle m'a innondé d'sms mais elle n'est même pas venue un petit quart d'heure me voir pour me remonter le moral. Pas 5 mn à me
consacrer. Je n'ai plus dutout envie de la voir. J'ai jugé ce que valait ma "soeur de coeur". Si elle avait une véritable soeur, la pauvre !
Son obsession : laisse tomber les faire part du mariage, "met les sur clé usb je vais me débrouiller", malgré que je l'aie assuré à plusiers reprises que je lui ferais faire part, menus, mp,
comme convenu.
Eh bien de colère je lui ai déposé la clé dans sa boite aux lettres.
Pas un commentaire. Elle n'a pas soufflé mot.
Les vrais amis... ce sont ceux qu'on n'a pas besoin d'appeler quand ça va pas... ils savent être là... ce n'est pas son cas.
Quand elle n'était pas bien, elle venait sans arrêt à la maison, elle a oublié vraisemblablement...
DIMANCHE 18 JANVIER
week end calme. l'homéopathe est
venu hier après midi voir papa. Il est resté une heure et demie; il a tout expliqué calmement et papa va mieux. Il a prescrit plein de choses pour le préparer à l'intervention de mercredi,
l'aider à récupérer, à supporter la chimio par la suite... papa a repris confiance, repris des couleurs, il était beaucoup mieux aujourd'hui. Il a choisi de se battre et nous avec lui.
Katia brille par son absence. Pas de nouvelles.
David est un amour, tout ça nous a rapproché un peu.
LUNDI 19 JANVIER
C'est lundi. J'ai repris le
travail. J'ai pas la tête sur les épaules et je tourne beaucoup. Je perds du temps, pas très efficace... je fais de mon mieux. Tout le monde est gentil et vient me parler... j'apprécie.
J'ai retrouvé Katia, là aussi on a eu une petite explication. On s'est mal comprises encore une fois. On est tellement différentes... enfin, elle voulait pas gêner, pas m'envahir et moi
j'aurais aimé qu'elle s'impose pour me remonter le moral... tout ça n'est pas grave. Je ne veux pas me prendre la tête avec des conneries il y a tellement de choses plus importantes... elle m'a
redit que nous étions soeurs... je veux le croire... je suis si seule...
David est toujours un amour. Il est patient. Il est là...
Faut il partir au ski comme prévu ou non ? papa comment sera t il fin février ? comme aujourd'hui, mieux, pire... on va réserver et on verra bien. Pierre est d'avis qu'on ne peut priver les
enfants de leurs vacances, ils les attendent... mais j'ai pas envie. Je me force vraiment. Je voudrais tout annuler.
MARDI 20 JANVIER
Maman a une bronchite depuis trois jours. Et évidemment :
papa se lève ce matin : il a une bronchite. On attend le médecin. L'examen de demain va sans doute être reporté parce qu'il tousse. J'espère que ce n'est rien de plus... qu'une
bronchite...
Et ça veut dire... rester encore comme ça, sans savoir...
Je suis passée ce soir après le boulot. Papa avait une sale tête. On va dire que c'est la grippe mais en causant on en apprend toujours plus. Des petites choses qu'on aurait mieux aimé
ignorer... genre... il avait du mal à respirer hier soir... (c'est la bronchite)... et la bouche était raide ce matin, la langue aussi... Le Dr S, l'homeopathe est passé cette aprem, ça peut
être une tumeur qui appuie à cet endroit... comme c'est rassurant... J'avais l'impression ce soir que maman était sur un petit nuage... Je pense que quand le soucis dépasse un certain seuil
on doit se faire un film.
L'examen de demain est reporté, papa devait faire une radio à la place mais maman veut annuler aussi. Je n'ai rien dit. Je ne sais pas. Je ne sais plus. J'ai choisi de faire confiance au Dr
S. comme eux. Alors suivons le à fond, on verra bien. Il fera la ponction la semaine prochaine.
Un jeûne est aussi salutaire qu'une séance de chimio car comme on ne nourrit pas les cellules cancéreuses, elles régressent. Donc papa est parti pour 3 jours de jeûne. Après un jour de riz
complet et cure de raisin. Le pauvre, il s'y donne à 100%. Il va se noyer dans sa tisane. J'ai de la peine pour lui, il est bon vivant, il aime manger, boire son canon, fumer sa cloppe... et
voilà...
enfin... rien ne vaut la vie... alors...
JEUDI 22 JANVIER
Ce matin David et moi avons été faire quelques courses.
En rentrant une voix de déterrée, papa s'est levé cette nuit et a fait un malaise dans la cuisine. Elle l'a trouvé couché par terre. Il croyait qu'il était dans son lit. Il était un peu
perdu. Maman est terrorisée.
Moi je cache. Je fais la dure. Il le faut. Maman veut trouver quelqu'un pour la nuit.
Ca m'a énervé, elle l'a vue et tout de suite elle se sent agressée. "Mets toi à ma place qu'elle me dit."
Bien sûr que je m'y mets. Je ne fais que ça. Mais papa a fait un malaise de faiblesse parce qu'il commence son 3ème jour de diète, pas un malaise du à sa maladie. C'est sur il n'en fait qu'à
sa tête. Maman l'a recouché et lui a dit de ne pas se lever, de l'appeler s'il avait besoin de quelque chose et un peu plus tard il arrive dans le couloir. Maman me dit je suis aux aguets, je
n'ose plus dormir. C'est clair, il peut se faire mal en tombant. Je lui a proposé de dormir là deux ou trois nuits. Elle m'a dit non, tu as tes enfants... c'est vrai.
Le docteur devait passer ce midi j'en saurai plus cet aprem. Je vais aller leur faire quelques courses. Maman ne mange plus non plus, je leur ai fait de la soupe, ça sera aumoins ça. Je ne
sais pas quoi faire pour les aider et je rumine toute la journée. David me dit que ça va me rendre folle, pourtant j'essaie de ne rien montrer en sa présence, j'ai le sourire et je cache.
Hier le cobaye des enfants est mort. on l'avait emmené au véto parce qu'il ne mangeait plus, je pensais que c'était un problème de dents mais non, il avait un virus. 50 euros, 3 piqures et le
résultat il hurlait hier après midi tant et plus que Pierre a été obligé d'abréger ses souffrances. Pauvre bête. Triste fin. Les enfants pleurent... c'est pas facile de trouver les mots... le
paradis des cobayes vous y croyez vous ? on ne sait pas quoi inventer pour soulager leur peine.
Brigitte est passée hier soir. Katia aussi. Je ne dois pas me laisser aller, préparer l'avenir, elles ont facile.
On a réservé pour le ski. J'en vomirais. Ca me contrarie. Je n'ai pas envie d'y aller. Quelle que soit la situation ma place est ici mais tout le monde est contre moi... Ca va être une
épreuve de plus. Partir en vacances alors que ma mère et ma grand mère sont tétanisées... merde ! merde ! merde !
Le Dr S était chez mes parents à midi. j'y suis passé pour écouter ce qu'il disait. Il a prescrit de nouveaux tubes à
papa, il doit continuer la diète jusqu'à lundi. Lundi il revient le voir. Nous sommes jeudi, ça fait encore 3 jours. Ca fera une semaine à l'eau et la tisane. Papa est faible mais a bonne mine.
Il a fait un malaise ce matin mais de faiblesse. Mais c'est pas grave. Il faut continuer. Les tumeurs non alimentées vont être éliminées par les reins, avec des produits drainants, il faut
faire confiance. C'est notre choix, on va voir... Je lis et relis l'article sur la diète que j'ai trouvé sur un internet et je me dis que c'est justifié.
Aujourd'hui j'ai passé la journée chez mes parents, j'ai été à la pharmacie, j'ai obligé maman à dormir deux petites heures pour récupérer un peu. Papa a dormi toute la journée sur le canapé
devant la télé. Il a beaucoup de courage. Il ne se plaint JAMAIS. Je me demande ce qui se passe dans sa tête, ça doit tourbillonner sec.
J'ai réservé pour le ski contre mon gré.
Les faire part de mariage, les menus, les marque place, tout est au point pour le mariage de Carla. J'attends la date définitive et l'heure à la mairie.
Mes parents devaient fêter leurs 45 ans de mariage samedi soir. On a tout annulé pour reculer la date dans des jours meilleurs...
Thierry m'a appelé l'autre soir et on a discuté un bon moment. Ca m'a fait du bien. Il est apaisant. Lui et Carla sont nos seuls vrais amis..; mais en amitié je suis comme en amour, j'en
demande toujours de trop... trop... trop... pardon mes amis
VENDREDI 23 JANVIER
Je suis passée chez mes parents tout au matin comme les
autres matins.
Maman et mémée n'ont pas dormi, elles sont restées toute la nuit sur le canapé à surveiller que papa ne se lève pas. C'est infernal. Il ne s'est pas levé, il n'a pas beaucoup dormi mais c'est
normal il dort toute la journée. Il ne doit pas manger jusqu'à lundi... je ne sais pas comment il fait. Je l'admire. Toujours le sourire et une volonté de fer... il fume moins... eau et
tisane, quel régime d'enfer ! enfin... c'est pour la bonne cause... il faut tenir...
Plus que deux jours et lundi c'est le riz complet...
Quand va t il faire une radio et cette ponction : mystère, il tousse encore, donc pas possible.
Cette aprem je retourne à la pharmacie puis vers eux jusqu'à l'heure de l'école.
Je suis opressée, très anxieuse, moi aussi j'ai peur... mais je le garde pour moi. Je suis fatiguée. Mais ça va...
Ce matin je me suis presque disputé avec maman, je suis méchante... chaque fois que je lui dis qu'elle devrait faire un effort, prendre sur elle, que ce n'est pas en craquant qu'elle va aider
papa... elle me dit que je ne me mets pas à sa place... elle prend la mouche... je sais bien... j'y serai peut être un jour à sa place, qui sait ? Enfin... c'est pas
grave...
SAMEDI 24 JANVIER
5ème jour de diète pour papa. Ce matin j'ai appris qu'il était tombé une deuxième fois et qu'il s'était écorché au
visage. Rien de grave mais bon... Le Dr S a pris des nouvelles ce matin et l'a autorisé à commencer le riz complet. J'étais heureuse à l'idée qu'il mange du riz à midi (!!!) on se réjouit de
peu.
Maman a une mine épouvantable. Elle n'a fait que somnolé la nuit dernière. Je comprends son angoisse. Mémée est insupportable mais c'est pas sa faute... A cet âge le moindre changement dans
l'emploi du temps journalier perturbe le quotidien et c'est une montagne..; enfin...
J'ai eu Katia au téléphone cet aprem. Elle m'a remonté les bretelles. J'aime bien tous ces gens qui font la morale. Je sais qu'elle est passée par là, je sais que tout ce qu'elle me dit est
justifié mais je sais aussi qu'on ne se comprendra jamais elle et moi car nous n'avons pas été élevées de la même façon.
"Quand j'ai perdu papa, maman travaillait et n'a même pas eu droit à une semaine de congé pour rester près de lui. Il fallait travailler, ramener de l'argent et elle a assumé. Ta mère est en
retraite, elle est vers ton père, toi tu travailles et tu dois travailler... tu la gâtes trop. Tu lui portes à manger, elle n'est pas impotente, elle peut se faire à manger... Tu la rends trop
dépendante de toi il faut la laisser se débrouiller.."
Je sais tout cela mais c'est ma mère et quand je la voie effondrée et démunie comme ça JE NE PEUX PAS être indifférente. Je me bats contre moi même pour ne pas aller passer la nuit vers eux.
Mais j'ai pitié de David et des enfants. J'ai mon couple et ma maison aussi moi...
Papa a encore la langue raide. Je pense toujours à ce qu'a dit le médecin, une tumeur qui appuirait à un endroit bien précis et je me dis que si une nouvelle tumeur appuie à un autre endroit
bien précis, qu'est ce qui va se passer... c'est vrai qu'on angoisse... on vit la peur au ventre... quand je le vois souriant et "optimiste" comme ce matin, je veux croire à un bon dénouement
mais on n'est jamais sûr de rien... surtout avec un cancer...
J'ai dit à maman que se soigner qu'avec de l'homéopathie c'était un peu léger... mais je n'en sais rien. Je serais pour qu'il fasse un peu de radiothérapie, ça tue quand même les mauvaises
cellules... elle m'a dit qu'ils iraient faire une radio et là aussi je me dis le résultat de cette radio va être sans équivoque, quelle a été l'évolution pendant ces derniers jours... ??
Je ne travaille pas la semaine prochaine. Mon fils a pris le relais, il a la bronchite. Il n'y a plus que moi qui ne l'ai pas eue. Ma chef n'était vraisemblablement pas ravie de mon congé mais
je m'en fout. Je ne sais pas comment je ferai dans les semaines à venir car je n'ai plus de jours d'avance. on verra bien...
DIMANCHE 25 JANVIER
Papa mange un peu de riz depuis hier et ça va. Le docteur
vient mardi. J'espère qu'il fera aumoins faire une radio. Il aura les résultats de la dernière prise de sang. J'espère que ce sera positif comme la dernière fois c'est à dire que tout stagne,
rien n'évolue.
Mes parents n'ont pas eu de visite aujourd'hui encore. Chapeau aux copains !!! quand c'est la fête ils sont là mais pour passer une heure vers un malade, y a plus personne.
J'ai dormi cette après midi. Je ne sais pas si c'est ma façon à moi de traduire mon stress, dormir pour tout oublier mais je n'ai jamais autant dormi. c'est ironique.
Week end télé avec les enfants qui toussent... rien de passionnant... mais c'est fou comme on apprécie le calme après les épreuves...
Maman a réhospitalisé papa ce matin pour fibro et tout le reste. Elle l'y a conduit avec Brigitte pour que
je puisse m'occuper des enfants. Cet après-midi j'y retourne avec elle.
Hier soir j'ai surfé sur internet alors que je me l'étais interdit jusque là.
On vit la vie... on survit parfois parce qu'on se croit malheureux... dégoûté par les problèmes quotidiens... et puis
tout s'effondre brutalement quand on ne s'y attend pas... ces mêmes problèmes du quotidien deviennent alors futiles face à ce qui vous tombe sur la tête. Tout bascule...
On est allées chercher papa ce matin à 9 h à
l'hôpital.
Deux mois déjà