Partager l'article ! Chapitre1 - TOUT S'ECROULE: JEUDI 8 JANVIER 2009 On vit la vie... on survit parfois parce qu'on se croit malheureux... dégoû ...
JEUDI 8 JANVIER 2009
On vit la vie... on survit parfois parce qu'on se croit malheureux... dégoûté par les problèmes quotidiens... et puis
tout s'effondre brutalement quand on ne s'y attend pas... ces mêmes problèmes du quotidien deviennent alors futiles face à ce qui vous tombe sur la tête. Tout bascule...
SAMEDI 10 JANVIER 2009
Jeudi après midi, je faisais les soldes... journée tranquilles, petites courses, aller chercher les enfants à l'école... on rentre, les devoirs... le téléphone sonne : "ton père est hospitalisé,
il a fait une crise d'épilepsie." C'était effrayant. Maman et ma grand-mère sont terrorisées. "Il se débattait, les yeux révulsés", elles n'oublieront jamais son visage.
Je ressors la voiture du garage et nous voila parties maman et moi à l'hôpital. Ma grand-mère qui vit chez mes parents depuis le décès de mon grand-père garde les enfants. Papa est aux
urgences. On lui a déjà fait un scanner... il est très calme. La crise est passée. "Tout va bien mais j'ai quelque chose aux poumons." Vu le ton qu'il a employé j'ai deviné sa pensée
: "je suis foutu." On a fait semblant de ne pas comprendre...
Deux heures plus tard on le monte en pneumo. On déambule dans les couloirs déserts et silencieux de l'hôpital derrière le brancardier qui pousse le lit avec dextérité. L'ascenseur gravit les
étages sans un mot. Papa est en chambre particulière, on l'abandonne pour la nuit.
Dur le retour. On ne pense qu'à cette phrase... "quelque chose aux poumons".
Vendredi matin : radio des poumons... Maman et moi arrivons dans le service en tout début d'après midi. Nous n'avons encore vu aucun médecin. Dédé et Brigitte, les meilleurs
amis de mes parents arrivent aussitôt. Maman décide d'aller aux nouvelles. Je reste dans la chambre. On plaisante, on rigole. Papa est tout à fait bien. Il n'a perdu aucune de ses facultés, sa
mémoire fonctionne. Il est NORMAL. Je suis pleine d'espoir. Ca ne peut pas être grave...
Maman s'absente donc. Elle veut voit le chef de service réputé pas très aimable, mais elle voudrait quand même bien en savoir plus. Quand elle revient, elle a l'air sereine, souriante. On reste
encore une heure et on abandonne papa pour la deuxième fois. Sa chambre est gris anthracite, la tapisserie est arrachée par lambeaux, c'est vieux, triste. Par les portes de chambres ouvertes on
voit des vieux qui ralent, toussent, crachent... un mouroir... on sort en courant de ce service...
Arrivées devant l'ascenseur maman s'arrête et s'appuie contre le mur.
"Je te dois la vérité. Je vais te parler comme il m'a parlé. D'abord le chef de service téléphonait dans son bureau, j'ai attendu. Quand il a raccroché je suis rentrée par culot.
- Je voudrais savoir ce qu'a mon mari.
- Comment vous ne savez pas ?
- Non je n'ai encore pu voir aucun
médecin
- Mais ! il est perdu
Ma mère s'est appuyée au chambranle de porte.
- Comment ?
- Oui, il a une tumeur au poumon et des métastases plein la tête. On lui fera une fibroscopie lundi...
Maman
invente alors une histoire
- Mais docteur c'est l'anniversaire de son petit fils dimanche soir : il ne peut pas rater ça, on a un diner de famille, on prépare ça depuis des mois... - Bon
vous le prendrez dimanche matin. Vous viendrez le chercher dimanche ! mais il sera mort !
On est allées chercher papa ce matin à 9 h à
l'hôpital.
Evidemment Satan était là, je veux dire le chef de Service, le Dr B. Il est entré dans la chambre pendant que papa s'habillait pour partir.
-Vous partez mais vous prenez bien vos médicament et vous revenez ce soir.
- Mais docteur il a son examen demain matin, on ne revient que demain à 7h ! répond maman.
- Comme vous voulez mais s'il refait une crise la nuit prochaine vous assumerez seule ! répond-il à ma mère. Puis il poursuit "donc lundi matin on vous fait une fibroscopie et
plein d'autres examen car en fait la souche n'est pas le poumon. C'est ailleurs. Il faut qu'on voit, comme je vous ai dit, d'où viennent ces métastases que vous avez dans la tête."
Mon père n'a pas soufflé un mot. On nous a dit que ce médecin a perdu son propre fils d'un cancer et que depuis il est inhumain avec tous ses patients. Il a aussi la réputation de dire
"la vérité" à ses malades. Qu'a-t-il dit à mon père en privé ? Je pense que papa a pris le ciel sur la tête il y a peu.
Bref, on est rentré chez nous comme trois malheureux.
Dédé et Brigitte sont venus déjeuner avec nous. On a bu, rigolé... comme si de rien mais c'est dur de retenir ses larmes... ça prend aux tripes par moment... on ne sait pas où on va.
Demain papa rentre à nouveau à l'hôpital... quand en sortira-t-il ? en sortira-t-il ? il est bien aujourd'hui. Il a super bien mangé, un peu fatigué mais rien d'anormal. J'ai peur. Quand ils
auront leurs résultats, si ce fou continue sur sa lancée, il ne va quand même pas dire en face à mon père qu'il n'y a rien à faire, qu'il est fichu... a t il un cancer déjà généralisé ? mais s'il
n'avait pas fait cette crise on n'en saurait rien... et puis... sans doute qu'il lui a déjà tout dit... puisque c'est sa réputation... et papa qui ne dit rien... pas un mot là-dessus... maman qui
tourne autour du pot... Elle lui fait part qu'on est allées trouvé le Dr S. qu'il a prescrit un traitement... papa acquiece pour tout.
Pierre, les enfants, nous mangeons encore ce soir chez mes parents pour nous retrouver tous ensemble.... j'appréhende... j'espère que papa va tenir le coup moralement. Je ne
pense pas que j'aurais sa force.
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